27 mars 2009

Pratique du Lodjong (entrainement de l'esprit)

enseignement donné à Montauban par Lama Namdak du centre de Dhagpo Kagyu Ling en Dordogne

Quels sont les sept points ?

LES PRELIMINAIRES
Cela signifie réfléchir sur les quatre pensées qui tournent l'esprit vers l'éveil. Il n'est pas nécessaire de développer ce point puisque vous êtes probablement déjà familiarisés avec ces pensées.

ENTRAINEMENT AUX DEUX BODHICITTAS
Les deux bodhicittas sont l'une ultime et l'autre relative, elles représentent l'union de la sagesse et
des moyens habiles.

BODHICITTA ULTIME
Pour la développer, on doit méditer. La méditation elle-même comporte trois phases : l'introduction, le corps de la pratique et la post-méditation.

L'INTRODUCTION
Songez d'abord que vous êtes vraiment en présence de votre lama ou de votre divinité de
méditation. Si vous êtes dans un temple, il y aura des statues de Bouddha sur
l'autel en face de vous. Pensez que tous les bouddhas et bodhisattvas
apparaissent en face de vous et offrez-leur une prière à sept branches. Ensuite
redressez le corps et installez-vous dans la posture en sept points. Laissez
votre esprit se poser sur le mouvement de la respiration, pendant vingt et une
respirations complètes, pour le calmer et le stabiliser.

LE CORPS DE LA PRATIQUE
Pensez que tous les évènements de la manifestation et les mouvements
de l'esprit sont illusoires ou de la nature du rêve, irréels et erronés. Par
exemple, quand nous sommes endormis, notre rêve nous semble vrai, mais il est
complètement irréel : s'il était réel, alors il aurait réellement lieu. De la
même façon, notre monde et la grande diversité d'êtres qui le peuple procèdent
dans tous leurs aspects de la manifestation illusoire de l'esprit. Tant que
l'illusion est présente, elle est " réelle ", mais en essence, elle est
irréelle, tout comme le rêve. Considérez ainsi tous les phénomènes comme étant
sans signification, semblables au rêve, et pendant un moment, laissez votre
esprit reposer sur cette perspective.

Il peut arriver que vous vous demandiez
; " L'esprit lui-même est-il réel ou ne l'est - il pas ? ". C'est votre propre
expérience qui vous conduira à le reconnaître. Il faut que vous méditiez sur
l'esprit et que vous vous posiez la question : quelle est sa couleur ? Quelle
est sa forme ? D'où vient-il ? Quel est son but ? Est-il intérieur ou extérieur
au corps ? Que se passe-t-il quand il expérimente la chaleur ou le froid ? Etc.
Réfléchissez en ce sens. Il se peut que vous en arriviez à la conclusion que
l'esprit défie toute détermination : ceci est l'essence de l'esprit, et on doit
méditer sur ce point.
Dès qu'une pensée s'élève, regardez-la directement et
posez-vous la question : quelle est sa véritable nature ? Demeurez dans la
compréhension "qu'elle n'est rien". Il est dit que toutes les pensées demeurent
dans l'alaya. L'alaya est l'esprit non-conscient, le penseur est le mental
confus, celui qui court après les sons, les formes, les odeurs, les goûts et les
sensations. l'esprit devient visible quand on demeure dans un état où on ne
court plus après quelque chose. Par exemple, quand on a un travail à faire,
l'esprit suit cette idée et pense ; "Que vais-je faire à manger aujourd'hui ?
Qu'elle pièce vais-je nettoyer ?"... Quand l'esprit ne poursuit pas de telles
pensées, c'est l'alaya. Le corps de la pratique consiste à demeurer dans cette
sorte de méditation aussi longtemps que possible. En fait, c'est une méditation
semblable à celle de la voie du Mahamoudra.

POST-MEDITATION
Dans votre vie quotidienne, exercez-vous à reconnaître toute chose comme illusoire et
irréelle.

BODHICITTA RELATIVE
L'entraînement à cet aspect de la
bodhicitta consiste en " tonglen " (envoyer - prendre). C'est une pratique très
importante car elle permet de purifier nos obscurcissements et d'approfondir
notre capacité d'absorption méditative. Nous devons nous accoutumer à pratiquer
l'échange de soi avec les autres. Par-là, nous tranchons entièrement, à la
racine, la saisie de l'ego. D'abord, nous réfléchissons sur les défectuosités de
la fixation égoïste. C'est à cause de la saisie égoïste que nous faisons
l'expérience des cinq émotions perturbatrices. A partir du moment où il y a
"je", nous nous mettons à aimer et à détester. Nous nous attachons à ce que nous
aimons et nous rejetons ce que nous n'aimons pas. Cette interaction dualiste est
le cœur de tous nos problèmes, et continuera à en créer si nous ne mettons pas
fin a la saisie de l'ego.

L'étape suivante consiste à s'exercer à pratiquer
la compassion envers les autres.
Nous pouvons commencer par nous prendre

nous-mêmes comme sujets de réflexion.
Que ressentons-nous quand nous avons chaud, froid, faim, soif ou quand nous sommes malades ?
C'est la même souffrance que tous les êtres vivants éprouvent. Quand nous développons la
compassion, qu'elle soit aussi dirigée vers les animaux, pas uniquement vers les
humains. Les animaux souffrent en effet beaucoup plus que les êtres humains,
principalement du fait de leurs propres incapacités. Certaines souffrances
proviennent des humains. Les poissons sont parfaitement heureux dans l'eau, sans
nuire aucunement à l'homme, cependant, pour le sport, l'homme les prend à
l'hameçon et les laisse mourir sur le sable. Que ressentirions-nous si on nous
faisait la même chose ? Si quelqu'un meurt de faim et a besoin de poisson pour
se nourrir, il y a une raison à son action - elle reste négative mais excusable
-. Récemment, je suis allé me reposer au bord de la mer. Tous les gens y étaient
bien habillés et loin de mourir de faim, pourtant c'était pour eux une source
d'amusement de ferrer des poissons, de les jeter sur le sable et de les piétiner
jusqu'à ce qu'ils meurent.

Pensez aussi aux homards, à la façon dont ils sont
plongés vivants dans l'eau bouillante dans les restaurants. Que
ressentirions-nous si nous étions un homard ? C'est par de telles réflexions que
l'on développe la compassion. Le chagrin éprouvé au souvenir du nombre de
personnes tuées dans les deux guerres mondiales, est de la compassion mais elle
doit être étendue aux animaux également. On les tue chaque jour et chaque nuit.
La compassion envers les humains uniquement n'est pas compassion véritable, mais
une forme d'attachement.
Sur quoi devons-nous réfléchir quand nous pratiquons
le don et la prise en charge ? Nous devons nous poser la question de ce qui se
passerait si nous expérimentions personnellement toute la souffrance de tous les
êtres vivants. Cette réflexion doit être pratiquée dans une disposition d'esprit
détendue sans commettre l'erreur de penser : "Oh, je vais peut-être connaître
effectivement cette souffrance ! ", et se laisser gagner par l'anxiété. Il n'est
pas nécessaire d'appeler la souffrance, il suffit d'y réfléchir. Ainsi notre
attitude s'améliorera. Pour l'instant, nos esprits sont confus et obtus, faisant
de nous la proie de l'orgueil. Cet orgueil doit être dominé et la façon d'y
parvenir est de penser à la souffrance des autres.
La souffrance émotionnelle fait également partie de l'expérience de tous les êtres vivants. De nos jours, nombreux sont ceux qui souffrent de troubles mentaux causés par l'activité des
émotions : orgueil, colère, jalousie, désir et ignorance, En outre, les émotions
conditionnent le monde que nous expérimentons. De quelle manière ? Le monde où
nous vivons n'est rien d'autre que l'apparence illusoire de notre esprit confus.
Cette apparence est produite par notre karma. Comment le karma est-il créé ? Par
le mouvement des émotions dans l'esprit.

Lorsqu'on développe la bodhicitta, on crée une manifestation illusoire qui est positive. Par exemple, lorsqu'on est dans les enfers, on peut s'éveiller de cet état et naître parmi les êtres
humains. Tous les êtres humains connaissent les émotions de l'orgueil, du désir,
de la colère, etc., et à travers elles, accumulent un karma négatif illimité ;
donc l'être soumis à ces émotions devra expérimenter dans le futur la condition
négative, forme sous laquelle se manifestera la maturation de ses actes. Il est
donc nécessaire de développer la compassion à l'égard de tous les êtres.

L'enfer n'est pas un lieu, - il en existe de nombreuses sortes -. Le
mot tibétain pour enfer signifie simplement " souffrance "; l'enfer est " un
monde de souffrance ". Les autres mondes manifestés sont des endroits où bonheur
et souffrance alternent, par exemple notre monde. Il existe aussi des mondes qui
ne connaissent que le bonheur : ils sont le produit d'êtres au karma
complètement positif. Ne croyez pas que ces mondes purs, tels Déouatchène,
soient imaginaires, comparés à notre monde " réel " : c'est la même
chose.

Ainsi pratiquer le don et la prise en charge, c'est penser à toute la
souffrance de toutes les formes d'êtres vivants. Pour vous familiariser avec
cette pratique de la compassion, vous pouvez utiliser une autre méthode - vous
concentrer sur votre respiration -. Elle a deux avantages : votre pratique du
calme de l'esprit va s'améliorer et votre compassion s'accroître. Pour cela,
asseyez-vous dans la même posture que précédemment et laissez votre attention se
poser sur votre respiration. Quand vous expirez, pensez que vous envoyez votre
bonheur à tous les êtres vivants et qu'il les pénètre. Quand vous inspirez,
prenez en vous leur souffrance. Faites cela aussi longtemps que vous le pouvez.
Lorsque vous éprouvez une souffrance mentale à penser ainsi à la souffrance
d'autrui, utilisez la pratique de la bodhicitta ultime que vous avez apprise
auparavant : regardez directement cette idée que la souffrance des autres vous
pénètre et réalisez que cette pensée n'a pas d'existence réelle. Vous entrez
alors dans la méditation de la Bodhicitta ultime.

Développer alternativement
la Bodhicitta ultime et relative comporte des bienfaits sans limites.

Ceci est le corps de la pratique. Ensuite, dans notre activité quotidienne, il nous
faut nous rappeler ceci : " Puissent tous les êtres vivants être affranchis de
toutes les émotions perturbatrices sous toutes leurs formes ; puisse la
souffrance issue de l'activité basée sur ces émotions mûrir sur moi plutôt que
sur eux."

la suite....
http://www.dhagpo-kagyu.org/france/enseignements/fondements/lodjong/index_lodjong.htm

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