Militer

** ** Il y a assez sur Terre pour répondre aux besoins de l'Homme, mais pas assez pour satisfaire son avidité ** ** Gandhi
 
j'ai hier 18 janvier, quitté définitivement un boulot qui m'épuisait , pour prendre ma retraite en subissant une grosse décote ....

02 sept 2020 "Bouddhiste et "d’extrême gauche", le suis je encore?  

 

2 novembre 2013

Retraite Vipassana du 1er au 14 octobre 2013 (4) les méditations assises

Je dis volontairement les... car aucune méditation n'a été semblable les unes aux autres  ...

Bien sur il y a certains phénomènes qui ont été les mêmes que ceux notés sur mon cahier que pour la dernière retraite en 2011... mais pour lesquels j'aurais noté des observations différentes ...

 (la salle de méditation dite "la bergerie"
nous méditerons comme en Zazen ou aux Pruniers, face au mur, 
les hommes d'un coté à gauche les femmes de l'autre à droite, 
photo de la dernière retraite de 2011)

A commencer par les torpeurs, assoupissements ou léthargies  (voir ici les commentaires de la dernière retraite)
que j'ai ressenties dès le début et plutôt toujours en première partie de méditation .

 Et aussi  pour ces séances complétement vides (pas au sens de vacuité...hélas... ), où il n'y avait pas beaucoup de pensées certes, mais où mon esprit ne pouvait se concentrer sur rien ... je pense qu'il y a un lien ...

Pour les torpeurs je n'arrivais pas à entrevoir le tout début de ce phénomène   avant que ma tête ne tombe en avant... et  ne me fasse "me réveiller brusquement, et réaliser que je m'étais assoupi"

tout à fait normal me dira Antonio lors de mon entretien du 5 oct (entretien que j'avais voulu suffisamment tôt dans la retraite, afin de pouvoir "rectifier le tir" ensuite...

Il me dira aussi que ce sont des choses qui arrivent au début de la retraite car on est fatigué, on n'a pas l'habitude mais que cela doit s'estomper...
et le soir même dans son enseignement il nous redira comme il me l'a dit... qu'il faudrait arriver en salle de méditation avec la ferme intention d'observer le début de sa torpeur...comme on a l'intention la veille de prendre l'avion de se lever tôt le matin et que l'on se réveille à l'heure dite .


me suis donc efforcé à le faire dès l'assise suivante,  tout faire, ai je noté pour éviter l'assoupissement  ... ce qui n'est pas observer ... ai je aussi noté...

Pour cela j'ai veillé
-à bien soigner mon installation sur le zafu...(comme en Zazen), bien le préparer afin d'éviter qu'il ne se tasse, s'affaisse et me fasse prendre une mauvaise position susceptible de me provoquer une douleur.

- à laisser ouvert les yeux ou à les ouvrir dès que je sentais qu'ils se fermaient d'eux mêmes .
- compter de nouveau les respirations (j'avais arrêté de le faire, car je m'étais également aperçu que cela influençait ma respiration , que je ne l'observais plus mais que je la contrôlais...)

J'ai ainsi pu au cours des séances et journées suivantes soit éviter quelques assoupissements (ce qui est contrôler) soit en observer le début, la tête commence à pencher en avant  ou le dos en arrière (observé lors d'une assise de 13/10) puis ensuite je me redressais ...ce qui est encore vouloir contrôler... mais de nombreux assoupissements encore ont pu échapper à mon attention... peut être en avais je pas assez à ce moment là...?

Il m'a semblé, (mais c'est encore à confirmer) que les assoupissements arrivaient quand :
-les yeux sont plutôt fermés
- la concentration (ou l'attention) se relâche (suite à une pensée par exemple... )
- l'assise sur le coussin devient moins stable
-  mon esprit devient confus et "vide", et que je n'arrive plus à me concentrer (est ce la lassitude ou l'ennui?  ou la fatigue ?) Je ne sais pas ...

Je sais qu'il me faut aussi observer l'ennui,  j'ai essayé de le faire, sans trop y arriver

Et en 2eme partie de retraite (à partir du 8 oct) j'ai noté bien moins d’assoupissements ...

Ensuite ces balancements , la grande découverte de ma précédente retraite Vipassana et que je n'avais plus connus depuis pas mal de temps ... dans mes méditations quotidiennes 

J'avais envie de retrouver cette sensation (agréable) et ils sont réapparus dès la 5eme assise (16 h) du 5 octobre ( 4eme jour) de manière très légère tout d'abord, puis plus accentués,  les séances des jours suivants, mais toujours en 2eme partie de méditation, surtout à la fin, mais pas toujours ...

J'ai ainsi noté pour l'assise de 17 h15 - 18h  du 7/10: " Alors que mal installé sur le coussin qui s'était affaissé , retour des balancements un peu vers la fin , et disparition presque totale du mal être... resté 10 mn ainsi après la fin à observer dans une impression de grand calme."

Puis le 8/10 dans la première assise de 6h 15 "Balancements légers à la cloche , me suis senti bien à ce moment là et ai eu envie de prolonger"

Puis dans celle de 11 heures "au milieu de la méditation , ont continué même après la cloche, malgré un changement de position à cause du zafu affaissé , puis avec les jambes allongées et je me suis interrogé:  cette sensation arrive t'elle en période de calme mental au lieu de l'assoupissement? "


Bien sur ces balancements ont été pendant ces méditations l'objet principal de mon observation, et quand cela arrivait en milieu de méditation , celles ci m'ont paru bien courtes, et ont donné lieu à des belles observations ...

ainsi toujours le 8/10 l'assise de 17 h 15 : "Je suis bien installé sur mon zafu et les balancements sont arrivés au milieu de la méditation (juste après une pensée ou 2 sur NV 82...) je les ai observé, ainsi que ma respiration, mais encore une fois, pas facile de la suivre , tellement elle était devenue , imperceptible sauf à la contrôler... et alors elle devenait saccadée. pas arrivé à trouver ni le début ni la fin, ou alors il me fallait la forcer, alors j'ai laissé la respiration pour suivre les balancements qui s'accentuaient, je ne me sentais pas du tout endormi mais parfaitement éveillé et conscient de tout ce qui se passait en moi et autour de moi , la salle, les autres...les oiseaux etc ... et les balancements ont continué alors que j'avais décroisé..."

le 9/10 à la méditation de 6 heures : "ai eu l'impression que certaines respirations s'allongeaient démesurément à l'inspir comme à l'expir... ai même été obligé d'en reprendre le contrôle ( nécessaire pour l'observer?) " mêmes observations au cours des assises suivantes...

Le 11/10 assise de 16 h: pendant les balancements qui allaient en s'accentuant, ai senti ma cheville (gauche -au dessus)  s'engourdir  ainsi que toute la jambe, jusqu'au point d’être totalement insensibles... Combien de temps cela a duré,? je ne sais pas je sentais cette cheville et cette jambe totalement engourdies mais mon esprit me paraissait clair , j 'ai même envoyé des pensées et de l'énergie à Lise et Bertille normalement en route pour le WE  de Pleine Conscience à Matens ... c'est à la cloche après le 3eme son que cela s'est désengourdi, jusqu'à vraiment plus aucune trace...

Pas un seul jour qui a suivi sans noter ces balancements, plus ou moins forts...au cours d' assises dans lesquelles je me sentais très calme et paisible...   Et toujours en 2eme partie de méditation... J'en restais donc sur ma 1ere conclusion que ce phénomène était synonyme d'un certain état de calme mental...(le 5eme niveau de Samatha? )

 entrecoupées  d'autres assises qui me semblaient complètement vides et confuses que je notai "sans" et qui me semblaient bien plus longues... 

Jusqu'au 13/10 dernier jour plein de la retraite , assise de 6 heures, où "les balancements sont arrivés très vite, après une simple observation de ma posture et du contact du corps avec le sol et le coussin.
mais insensiblement ma posture s'était dégradée au point de me cause une gène assez forte... . (mauvaise installation sur le coussin?) et ai du la rectifier 2 fois de suite , mais 2 fois de suite les balancements sont revenus ...  que j'ai observé  et ai eu l'impression que ces balancements me poussaient vers le haut ou en déséquilibre vers l’arrière...
mais cette fois ci la méditation m'a paru longue ... ai essayé d'observer l'attente (de la cloche )"

Et pour la 6eme assise celle de 17 h 15, que j'avais d’ailleurs enchainée avec la précédente prolongée de 15mn + un Kin Hin, car durant cette 5eme assise, j’avais passé 45mn à me battre contre mon esprit qui ne voulait pas se concentrer... et que c'est seulement à la cloche que les balancements sont arrivés... lâcher prise ? (ai je noté) ...ces balancements se sont arrêtés et a succédé une période de grand calme que je ne connaissais pas (nouvel état?)  ai je encore noté...

Donc pour cette 6eme,  après avoir entendu les instructions d'Antonio "essayez de chercher le Dharma, il est ici et maintenant dans votre corps et votre esprit sur votre coussin" ...
Les balancements sont revenus tout de suite et ont été presque ininterrompus jusqu'à la fin. Toujours ce grand calme malgré une douleur apparue à la jambe gauche qui m'a obligé de rectifier plusieurs fois la posture,  une mouche qui est venue m’embêter autour de ma bouche et que j'ai du chasser en soufflant dessus ! et j'ai encore pu envoyer plein de dédicaces à Lise ..."de ces états particuliers"

et en rentrant à la maison, ces balancements ont continué dans mes méditations quotidiennes, toujours en 2eme partie, la partie que j'ai toujours estimée "meilleure" . Donc je ne sais toujours pas ce que c'est ...  Mais est on vraiment obligé de savoir, pour ressentir et expérimenter ?

la suite: Ici

1ere partie ici


Retraite Vipassana du 1er au 14 octobre 2013 (5) les méditations assises (suite)

Comment j'ai observé mon corps et mon esprit  
( Je devrais dire plutôt  LE  corps et L'esprit, car ce corps, cet esprit, ce n'est pas moi ... même si c'est encore difficile pour moi de le comprendre ... voir à propos de l'intention... )
 Donc le corps tout d'abord en commençant par la respiration:
" -Conscient que c'est une inspiration, j'inspire, conscient que c'est une expiration, j'expire
- Observant mon inspiration au début, au milieu et à la fin, j'inspire, observant mon expiration au début, au milieu et à la fin, j'expire
-Conscient de tout mon corps, j'inspire, observant tout mon corps , j'expire
- Conscient du contact de mes genoux(ou de mes pieds) avec la Terre, j'inspire... observant le contact de mes genoux(ou de mes pieds) avec la Terre, j'expire
-Conscient du contact de mes fesses avec le coussin (ou la chaise) j'inspire , observant le contact de mes fesses avec le coussin (ou la chaise), j'expire
-Conscient de la position de mon dos (bien droit mais pas raide), j'inspire, observant la position de mon dos (bien droit mais pas raide), j'expire
- Conscient de la position de mes épaules (bien ouvertes) j'inspire, observant la position de mes épaules (bien ouvertes), j'expire
- Conscient de la position de ma tête (et de mes yeux) j'inspire,observant la position de ma tête (et de mes yeux) j'expire
-Conscient de la position de mes mains, j'inspire, observant la position de mes mains j'expire..."
Ce sont les petites phrases que je me réciterais souvent en début de méditation, à la manière des 16 exercices de la respiration consciente du Village des Pruniers, pour essayer d'établir un début de calme mental, nécessaire pour ensuite pouvoir m'observer plus profondément ... (Shamatha avant Vipassana)
 puis
 "-Conscient que mon corps s'apaise, j'inspire, observant mon corps s'apaiser, j'expire"
 et
 "-conscient que ma posture devient stable, j'inspire, observant la stabilité de ma posture, j'expire
-me sentant heureux dans ma posture j'inspire, observant ce bonheur ici et maintenant  j'expire"


Antonio nous le rappellera chaque jour en début d'assise que soigner sa posture, c'est très important,   d'abord parce-que la position du corps a une grande signification spirituelle :

Je n’avais pas pu noté ses instructions car il ne le voulait pas, on était en méditation... mais voici celles semblables de Lama Guendune Rinpoché sur ce site )
http://www.pagodethienminh.fr/?page_id=1008
"Dans cette position, ( jambes croisées) le "souffle
descendant-évacuant" se rassemble en l'Artère Centrale empêchant
l'apparition des émotions liées à la jalousie de troubler la méditation.

De même, la position des mains dans le geste de la méditation - 4 doigts
sous le nombril - permet aux énergies subtiles liées à l'élément eau, de se
rassembler en la Veine Centrale, pacifiant ainsi la colère.

Le dos dressé comme une flèche et les épaules comme les ailes d'un vautour
rassemblent en l'Artère Centrale les énergies subtiles liées à l'élément
terre
, prévenant la torpeur.

Le cou en crochet (
menton rentré vers le larynx sur un plan parfaitement horizontal, sans laisser la tête pencher vers l’avant ou l’arrière) provoque le rassemblement des énergies de l'élément feu,
calmant ainsi le désir.

Le regard dirigé vers le bas, sans cligner, à 4 doigts de la pointe du nez,
et la langue reposant contre le palais, recentrent l'énergie subtile de
l'élément vent, apaisent l'orgueil et aiguisent l'attention."


Pour moi, j'ai observé qu'une bonne position du corps aidait beaucoup pour une "bonne" méditation ...

"Il faut être aussi pleinement conscient,  lorsqu'on s'assoit sur son coussin et que l'on met ou enlève ses écouteurs" dira aussi Antonio... 

 Et je prendrais beaucoup de temps à ajuster mon zafu (que j'avais amené) avant de m' y installer, car je me suis aperçu que sinon il s'affaissait et que cela perturbait ma posture et ma méditation. Je prendrais également beaucoup de temps à m'ajuster moi même pour  me sentir confortablement installé, comme en zazen  et peut être encore plus  avec au besoin la couverture sur moi pour avoir ni trop chaud, ni trop froid.
Une ou deux fois, en arrivant "trop juste" car passé aux toilettes avant... je n'aurais pas eu le temps de le faire, et aurais eu une méditation "pas bonne" (bien qu'il n'y ait ni bonne ni mauvaise méditation...) 
 être confortablement installé étant aussi la base des conseils de Thay ...

on pouvait donc bouger pour rectifier sa posture en cas de douleur qui ne passait pas, en essayant de ne pas déranger les voisins...

 L'assise débutait soit par quelques instructions de la part d'Antonio, comme celles  ci dessus, soit par 3 sons de cloche... A chaque son, je prenais une grande inspiration, puis une grande expiration en me récitant intérieurement le gatha de Thay 
"écoute écoute ce son merveilleux, il me ramène à ma vraie demeure"
Puis les petites phrases de ma méditation guidée... 
 
Elle se terminait par également 3 sons de cloche, et nous étions à ce moment là, invités à ne pas nous lever tout de suite, à attendre qu'Antonio soit sorti de la salle pour le faire et à  observer , comment nous nous sentions ...  
Le son de la cloche pouvant être ressentie comme une "libération" qui devrait entrainer une cessation des douleurs... je n'ai pas vraiment eu de douleurs pendant toute la retraite, seulement des gênes passagères , et mes premières impressions au son de la cloche étaient "cette assise m'a semblé courte/longue" et " elle était bonne /pas bonne" puis "ne pas juger" ...


"Laisser la respiration respirer... " sera pour moi LA phrase importante de cette retraite,  en plus des instructions ci dessus sur la posture, et des versets du matin sur l'esprit ...

Laisser la respiration respirer et ne pas vouloir la contrôler ou la calmer (comme pour Shamatha) 

...j'aurais beaucoup de mal avec cela, pendant toute la retraite à observer mes inspirations et mes expirations, sans les contrôler,
surtout quand Antonio nous a demandé d’observer "le début, le milieu et la fin" je me suis aperçu que j'avais tendance à vouloir arrêter mon inspir ou mon expir vers sa fin pour l'observer et cela me créait un petit blocage...comme si l'air ne passait plus naturellement, (voir la précédente retraite où j'avais déjà décrit ce phénomène) et il y avait un mouvement brusque alors ... et j'avais en outre l'impression que compter mes respirations c'était aussi les contrôler ... donc assez vite, j'ai arrêté de les compter. Sauf en tout début de méditation afin de forcer mon esprit à se concentrer.

C'est pendant les périodes des balancements, quand la respiration devenait douce et imperceptible, que j'ai constaté qu'il m'était encore plus difficile de la suivre, où alors je devais la forcer, pour qu'elle soit plus forte ... En "laissant la respiration respirer" , souvent je la perdais, et quand je me forçais de la retrouver, elle devenait irrégulière et saccadée. 
D'autres fois, comme par exemple le 09/10 assise de 6h, j'avais l'impression que ma respiration s’allongeait démesurément , qu'il n'y avait pas de fin de l'inspir comme de l'expir... plusieurs fois j'ai du en reprendre le contrôle par une inspir (ou une expir) accentuée... 
Ce contrôle (ou non contrôle) de la respiration sera donc devenu (de même que les balancements)*... l'objet principal de pas mal de mes méditations .
Ce qui a induit d'autres pensées très liées à la pratique que je faisais , du genre: (notées juste après les méditations)
Assises (4) et (5) du 10 oct : "je suis en train de réaliser que depuis que je médite régulièrement, est ce que quand je dis "suivre" ma respiration, je la contrôle pour la calmer (Shamatha) ou que je l'accompagne (Vipassana)? "
Compter mes respirations est ce les contrôler?  Peut être que je ne sais pas suivre ma respiration sans la contrôler" A voir ...  
Compter m'aide au début à me concentrer, mais ensuite perturbe le déroulement naturel de mes respirations, il vaut peut être mieux se dire "inspire/expire" ?
Mais j'ai noté également à ce moment (sur mon cahier mais au moment ou je reprends mes notes je ne m'en souviens plus de ce qui s'est passé):" C'est en retournant, dans cette 5eme assise, à ma respiration, après avoir noté une pensée que j'ai pu expérimenter ce que veut dire LAISSER LA RESPIRATION RESPIRER
 Pour l'assise n°6 j'ai noté à son issue : "commencé par 2 séries de 12 en comptant et en contrôlant, pour calmer, puis après n'ai plus compté.
Tout de suite la respiration est redevenue rapide, mais très douce, puis imperceptible et difficile à suivre (donc encore+ de concentration nécessaire). Si pensée, le fait de la noter (en me disant pensée) rendait la respiration + forte... session qui m'a semblé très courte, balancements à la fin. "

Et le lendemain 11 oct  (assise n°1) "ma respiration est elle contrôlée ou libre? , toujours pas su répondre, mais après tout qu'importe! Il me faut lâcher prise avec ça!
Et immédiatement après cette pensée mon assise est devenue très calme"...

De même il (l'esprit) est devenu très calme , quand lassé de me me battre contre lui, lors d'une méditation "sans", j'ai subitement pensé à l'enseignement d'Antonio de la veille, le comparant à un chat , cela m'a fait rire intérieurement et...hop, la concentration et le calme mental sont arrivées !



Donc ne pas forcer l'esprit, ne même pas y penser, sinon on rentre de nouveau dans le contrôle, et l'esprit n'aime pas ça... Juste observer, être conscient de... et lâcher prise de toute attente même de réussir à suivre ou non sa respiration... 

Mais il m'est ensuite revenu que l'observateur et la chose observée n'étaient pas indépendants mais bien interdépendants que la manière d'observer de l'observateur influençait la chose observée... étais je en train d’expérimenter ce qui est une des dernières découvertes de la science quantique?

Peut être aussi que dans mes petites phrases, il ne faut pas dire "(...) j'inspire/j'expire", mais j'observe la respiration inspirer/expirer...?

"Le SATIPATTHANA SUTTA" :
   Antonio nous rappellera au cours de nombre de ses soirées d'enseignement que la méditation Vipassana est directement issue de ce sutra de base du Bouddha, le discours sur les quatre établissements de l'attention, qu' il nous détaillera tout au long de ses enseignements...

Le Satipatthana Sutta est un discours du Bouddha décrivant l'établissement de l'attention :
  • l'attention au corps ;
  • l'attention aux sensations ;
  • l'attention à l'esprit (citta - un esprit impliquant non seulement la partie rationnelle mais aussi la partie émotionnelle de nous-mêmes) ;
  • l'attention aux formations mentales (dhammas - le mot dhamma ne voulant pas ici dire enseignement du Bouddha, mais phénomène de base de notre expérience), celles-ci étant ici de cinq sortes : obstacles, agrégats, expérience des sens, facteurs d'éveil et nobles vérités. (source wikipedia)
Une bonne explication de  la pratique de Satipatthana Sutta sur cet admirable site Bouddhisme Théravada et méditation vipassaná  cité maintes fois lors de mes articles sur la retraite précédente  : L'enseignement de Banthe T. Dhammika fort semblable à celui du Vénérable Antonio Satta


"Le terme Pali Sati signifie "arrêter" et "maintenir la conscience de l'objet". Vipassana signifie "aller en profondeur dans l'objet pour l'observer". Pendant que nous sommes pleinement conscients d'un objet et de son observation avec profondeur, la frontière entre le sujet et l'objet deviennent un. Ceci est l'essence de la méditation. Nous ne pouvons comprendre un objet qu'en le pénétrant et en devenant un avec lui. L'observer en restant à l'extérieur ne suffit pas.

C'est pourquoi le Sutra nous rappelle à la conscience du corps dans le corps, des sensations dans les sensations, de l'esprit dans l'esprit et des objets de l'esprit dans les objets de l'esprit."


Comment observer, vivre complétement ou devenir un avec sa respiration sans la contrôler ? Encore le genre de question que je me suis posée.
Mais là encore je réalise (parce que Antonio me l'a fait toucher du doigt, que j'intellectualise trop...  Ah Ce mental ou cet esprit qui veut avoir réponse à tout ... il faut vraiment que j'arrive à lui faire lâcher prise...

Mais sans le lui imposer ...  
Sati signifie "arrêter" et "maintenir la conscience de l'objet"...
Arrêter de penser et jouir de l'instant présent comme à ce moment là pendant l'assise n°4 (celle de 14h30)du 8 octobre?
Tout est calme, soudain un "léon" discordant... 
était ce lui qui est venu nous "distraire"?
Une belle distraction à observer !
D'autant qu'il y a eu des rires légers dans la salle
et que 
Antonio s'est levé à un moment et est sorti...était ce pour aller lui dire de se taire? 
Cette méditation en tout cas m'a semblé courte ... 
la suite ici 

1ere partie ici

Retraite Vipassana du 1er au 14 octobre 2013 (6) Les pauses

C'est le 3eme temps fort de la retraite aussi important aux yeux du Vénérable Antonio si ce n'est plus que les 2 autres, l'assise et la marche.
(Voir Ici le commentaire de ma précédente retraite)
Il nous a recommandé plusieurs fois lors des enseignements et aussi lors de ses instructions d'avant les méditations assises, d'être également en Pleine Conscience pendant ces pauses.

Les pauses qui incluent les 3 repas, la toilette et le sommeil (nous nous couchions avant 21 h30 pour nous réveiller à 5h30 au son du gong... )   ainsi que le "karma Yoga" (la méditation du travail) qui consistera pour moi à assurer le plein d'eau chaude dans la machine, pour le Thé et les boissons chaudes.

Le sommeil, qui ne sera pour moi pas très facile à cause du froid malgré plusieurs couvertures... et qui faisait que je me réveillais souvent pour aller aux toilettes (3 ou 4 fois certaines nuits), mais je crois que j'ai eu quand même un sommeil réparateur

 La toilette, plutôt de chat...toujours à cause de ce froid...

Les repas...  J'avais décidé de refaire le "régime" de la retraite méditation et santé du mois d'aout et m'y suis mis dès le 4eme jour (le samedi)
 Le soir pas de problème...nous n'avions qu'une soupe de légumes avec du pain sur lequel, je ne mettrais pas d'huile d'olive, contrairement à la retraite précédente et à bien d'autres retraitants... assez facile car c'était de l'huile non bio venant de chez un hard discount du coin...

Le petit déjeuner donc dès le samedi, j'ai arrêté les tartines de beurre confiture, et le café, pour ne prendre qu'une tisane de romarin avec des pruneaux, du miel, et une pomme, que je pelais soigneusement (car non bio )
 ( le petit déjeuner du dernier jour, photo de Violette)

Le repas du midi cela a été le plus difficile, car beaucoup de bonnes choses préparées par Violette .
J'ai voulu gouter à tout mais en petites quantités... j'ai veillé à ne pas trop remplir mon assiette  ... un peu comme en sangha, pour les journées de Pleine Conscience ...

Et je m'appliquais pour chacun des repas à manger en pleine conscience en mâchant 30 fois au moins...
Et bien sur avant chaque repas, ma petite prière préférée...
"Puissent tous les êtres connaître le même repas que nous (dans les mêmes conditions de Paix et de Sérénité)
Puissent plus aucun être sur cette planète ne souffrir de la faim" 
 Et j'observais les autres qui pour beaucoup , en prenaient beaucoup trop, en me remémorant un des enseignements d'Antonio "observer ses désirs pendant les repas,son avidité, ce qui nous pousse à nous servir beaucoup plus qu'il n'en faut...pour compenser quoi ? le manque de communication? " mais en veillant à ne pas être dans le jugement ...

La plupart des repas à l’extérieur quand le temps le permettait pour profiter des rayons du soleil et de la nature

Ces temps de pause parfois très courts (une demi heure à peine pour certains) où nous pouvions nous remémorer les enseignements (ne pas le faire pendant les marches ou les assises, m’avait dit Antonio), où beaucoup d'entre nous se précipitaient sur les boissons puis ensuite juste avant l'assise aux toilettes (avons nous besoin de tant boire? nous demandera Antonio


Je le ferais aussi au début, puis ensuite consacrerais ces temps là (en dehors de mon karma yoga) à rédiger mes notes sur l'assise précédente, ou faire des tours de stupa + ou moins rapidement...

Et donc également réfléchir ou ... penser ...! aux enseignements, à faire le lien entre ceux ci et les méditations assises et marchées, à ce que je vais mettre dans mon blog à mon retour, à ce que j'attends de cette retraite, à tout ce qui peut y avoir de commun entre Vipassana, le Bouddhisme Tibétain, le Zen Vietnamien ou Japonais... De commun et de diffèrent aussi ... 


Ainsi quand Antonio me répondra au sujet du pardon que je peux difficilement donner, de le donner dans mes méditations du soir (les dédicaces) sans à le faire dans la réalité, et si je ne peux pas le faire d'observer mes résistances (il le répétera plusieurs fois les soirs suivants et aussi dans un de ses enseignements...)  les observer les diminuera...peut être... j'aurais eu l'impression que le bouddhisme Tibétain est plus déconnecté du monde que celui de Thay .
Impression encore confirmée quand il dira qu'un yogi qui va vivre en ermite dans sa grotte fait preuve de beaucoup de compassion et d'amour, dans sa pratique... même s'il est retiré du monde...
 Je comprends mieux ce que veut dire Bouddhisme engagé...

J'aurais beaucoup pensé aussi à moi même, à ma volition, à ce que je suis depuis mon adolescence, afin de poursuivre la recherche d'une meilleure compréhension de moi même, que je fais depuis plusieurs années...

 également beaucoup pensé, au pourquoi de mon désir de recevoir les 14 entrainements, quelle est ma volition, mes blocages, (je ne peux pas faire le premier pas)... et sur ce que je pourrais répondre à Murielle ma marraine 

Pour ma volition, le désir le plus profond qui est en moi, je n'aurais pas beaucoup avancé...  mais pour cette compréhension de moi même, j'aurais réalisé en m'observant pendant les marches et les assises, que comme on me l'avait souvent dit, j'intellectualise trop, que j'ai un gros mental (un gros égo?) qui ne lâche pas facilement prise.
Je suis bien trop intellectuel, comme le reste de ma famille me dira ma sœur à mon retour ... oui je le sais, ce sont mes graines de ma conscience du tréfonds venant de mes ancêtres génétiques .
Mais à l'inverse de ma sœur...je n'en suis pas fier ... Et ces graines j'ai envie qu'elles restent tout au fond de ma conscience du tréfonds ...

Ces graines quand elle s'élèvent dans ma conscience mentale, il me faut les observer avec la Pleine Conscience pour qu'elles retournent de là où elles viennent... Et c'est  le lâcher prise, qu'il me faut désormais travailler ... mais sans forcer mon esprit (l'esprit?) à le faire ... simplement en l'observant et en cultivant le contentement ... la Joie d'être ici et maintenant dans cette méditation.

Le rire (intérieur) que j'ai eu en me remémorant l'enseignement d'Antonio comparant l'esprit à un chat... m'a permis ce lâcher prise et de pouvoir me concentrer de nouveau...

J'ai réalisé également que je veux (mon esprit veut...?) tout contrôler, y compris ma respiration ... et qu'il ne fait pas ce qu'on veut qu'il fasse... 

Et enfin, grâce à la lecture tous les matins du Soutra du Cœur de la Compréhension Parfaite, j'ai compris enfin, quelle était la différence entre sensations et perceptions, appelés dans la version qu'on lisait "identifications".

1ere partie ici

27 octobre 2013

Comment le Bouddha, à partir de textes musulmans,fut canonisé par les Chrétiens...

L'article complet que je viens de découvrir à quelques jours de la Toussaint (est ce un hasard?)  est ici





De l’Asie centrale et de la Perse, la biographie du Bouddha pénètrera plus tard le monde arabe et parvient finalement aux bords de la Méditerranée : une bibliographie d’origine arabe nous apprend que, dans la seconde moitié du VIIIe s., au sein de la communauté des ismaélites de Syrie, des textes persans sont traduits, d’abord en syrien puis en arabe, sous le nom de « Livre de Bilawhar et Yûdâsaf » (Kitab Bilawhar wa-Yudasaf). Les musulmans, peu sensibles aux vertus ascétiques, restent assez proches de leurs modèles perses et ne font que retranscrire les textes en y ajoutant quelques remarques d’ordre monothéiste qui n’altèrent pas le récit même de la vie du Bouddha.
à gauche : icône russe
ci-dessus, gravure de Jacques Callot [1630]
représentant  le saint ermite Barlaam
et son disciple le saint prince Josaphat


Histoire de Bilawhar et Yûdâsaf 
Il y a bien longtemps, en Inde, vivait un roi du nom d’Abénès. Païen, serviteur d’idoles, il se désespérait de n’avoir pas de fils pour lui succéder quand naquit enfin un garçon, qu’il nomma Yûdâsaf. Mais un sage devin lui annonça que ce dernier ne régnerait pas sur le royaume de son père parce qu’il deviendrait « un grand guide sur la voie de la vérité ».
Le roi, mécontent, fit chasser les hommes de dieu de son royaume et décida d’enfermer son fils dans un palais splendide, à l'abri du spectacle des misères de ce monde. Il était interdit de lui parler « de mort, de vieillesse, d'infirmité, de pauvreté » et, si un serviteur tombait malade, on le chassait et on le remplaçait par un bien portant.
Yûdâsaf, devenu adulte, se plaignit de sa réclusion. Son père organisa alors ses sorties de façon que rien de déplaisant ou de triste ne puisse être vu par le prince. Mais, bien évidemment, un jour, le prince fit la rencontre d'un lépreux et d'un aveugle, qui lui révélèrent l'existence de la maladie, puis celle d'un vieillard ridé, courbé et édenté, qui lui apprit la vieillesse. Ses serviteurs, intérrogés, finirent par lui faire comprendre, aussi, ce qu'était la mort. Ces révélations lui donnèrent à penser...
Manuscrit médiéval représentant Josaphat, hors du palais d'où son père l'observe,
lors de sa rencontre avec un lépreux et un aveugle.
 
C'est alors que Bilawhar, un sage moine (monothéiste !) qui vivait dans le désert, eut l'intuition de ce que devait devenir Yûdâsaf. Il quitta son refuge et arriva en ville. Ayant rencontré le prince, il l’instruisit à l’aide de plusieurs paraboles. Certaines d’entre elles ne manqueront pas d’évoquer quelques souvenirs aux bouddhistes, comme, par exemple, cet enseignement sur l’existence comme illusion et les dangers des plaisirs sensuels...
 « Ceux qui convoitent les délectations corporelles et qui laissent mourir leur âme de faim ressemblent à un homme qui s'enfuirait au plus vite devant une licorne qui va le dévorer, et qui tombe dans un abîme profond. Or, en tombant, il a saisi avec les mains un arbrisseau et il a posé les pieds sur un endroit glissant et friable ; il voit deux rats, l'un blanc et l'autre noir, occupés à ronger sans cesse la racine de l'arbuste qu'il a saisi, et bientôt, ils l'auront coupée. Au fond du gouffre, il aperçoit un dragon terrible vomissant des flammes et ouvrant la gueule pour le dévorer ; sur place où il a mis les pieds, il distingue quatre aspics qui montrent tête. Mais, en levant les yeux, il voit un peu de miel qui coule des branches de cet arbuste ; alors il oublie le danger auquel il se trouve exposé, et se livre tout entier au plaisir de goûter ce peu de miel.
La licorne est la figure de la mort, qui poursuit l'homme sans cesse et qui aspire à le prendre ; l'abîme, c'est le monde avec tous les maux dont il est plein. L'arbuste, c'est la vie d'un chacun qui est rongée sans arrêt par toutes les heures du jour et de la nuit, comme par les rats noir et blanc, et qui va être coupée. La place où sont les quatre aspics, c'est le corps composé de quatre éléments, dont les désordres amènent la dissolution de ce corps. Le dragon terrible est la gueule de l'enfer, qui convoite de dévorer tous les hommes. Le miel du rameau, c'est le plaisir trompeur du monde, par lequel l'homme se laisse séduire, et qui lui cache provisoirement le péril qui l'environne. »
Cette parabole - la plus célèbre de la légende - connut de très nombreuses
représentations dans l'art occidental, au Moyen-Age et à la Renaissance.
En voici quelques exemples :
 
à gauche : deux enluminures
de manuscrits médiévaux rapportant
la légende de Barlaam et Josaphat
ci-dessus : gravure de Boetius Adam Bolswert
[1580-1634]

 La figure centrale du tympan du portail sud du baptistère de Parme (Italie)
oeuvre du sculpteur Benedetto Antelami  XIIIe s
 

Tout l'enseignement de Bilawhar repose sur l'opposition entre Réalité et Illusion. Suit une autre parabole qui illustre la façon de se forger un bon « karma » ! Bilawhar évoque ce qui importe et que l'on néglige, ou plutôt : ce que l'on néglige ordinairement et qui importera en fin de compte.
« Celui qui aime le monde est semblable à celui qui a trois amis. L'un qu'il aime plus que lui-même, l'autre autant que lui-même et le dernier moins que lui-même. Il est un jour convoqué par le roi et se sent en grand danger d'être jugé. Il se précipite chez son premier ami qui lui dit être trop occupé mais lui offre quelques tissus afin de se faire un vêtement. Il va ensuite voir le deuxième ami, qui lui dit avoir lui-même beaucoup de soucis mais qui accepte de l'accompagner jusqu'à la porte du palais. En désespoir de cause, il se rend chez son troisième ami. Il lui fait des excuses et implore son aide. Ce dernier lui fait bon accueil, l'appelle son ami très cher et lui rappelle qu'il lui a rendu de menus services dont il est très reconnaissant. Non seulement il l'accompagnera jusqu'au palais mais il plaidera en sa faveur. Le premier ami est la possession des richesses de ce monde qui ne peut offrir rien d'autre qu'un linceul au seuil de la mort, le second représente la famille et les amis, eux-mêmes pris par leurs propres tourments, ils peuvent seulement accompagner l'homme jusqu'au bout de sa vie. Le troisième représente les bonnes oeuvres qui témoigneront pour lui, lors du jugement. »
Suivent encore d’autres paraboles pour montrer que les véritables richesses ne sont pas matérielles puis Bilawhar quitte Yûdâsaf, lui expliquant qu'il doit encore subir un temps d'épreuves avant de le rejoindre.
A la suite de ces « Quatre rencontres », Yûdâsaf sera, en effet, soumis à plusieurs épreuves car le Roi a remarqué des changements dans le comportement de son fils et, après enquête, en est parvenu à la conclusion qu’il a été converti. Il entend alors user de ruses diverses pour le détourner de sa vocation : il organise tout d’abord un débat d’ordre théologique, mais Yûdâsaf triomphe ! Puis il soumet son fils à la tentation charnelle... celui-ci cède à moitié et, de son relâchement, naîtra un futur héritier pourle trône. De joie, le roi se convertit…
Comme le Bouddha, après la naissance de son fils Rahula, demeuré au palais, Yûdâsaf n’en continue pas moins de  nourrir en secret le désir de quitter le monde et de vivre à son tour une vie d’ascèse, telle celle que lui a vanté le saint Bilawhar. Un ange bientôt lui apparaît qui l’incite à prendre la fuite… Le prince s’échappe alors : c’est le « Grand Départ » !
Quittant ses habits de prince, Yûdâsaf les échange avec ceux d’un mendiant et il mène alors enfin la vie d’ascète dont il rêvait. Durant quelques années de solitude « au désert », il est initié à la « science du grand Tout », puis revient dans son royaume, en convertit toute la population, console son père sur son lit de mort, désigne comme régent le tuteur de son fils et s’en repart définitivement mener sa vie...
deux enluminures du XVe siècle représentant :
à gauche - lamentations de Josaphat retenu au palais
à droite - le départ de Josaphat ; il retire ses vêtements (en haut à droite)

On aura reconnu là les principaux épisodes de la vie du Bouddha, jusqu’à son retour dans sa ville natale de Kapilavastu, à l’occasion duquel il convertit lui aussi nombre de ses anciens compatriotes, qui deviennent bhikkhu à sa suite… y compris son fils Rahula – ce que les arabes, et leurs prédécesseurs perses, semblent ignorer ! Même l’intervention d’un ange, pour inciter Yûdâsaf à quitter le palais paternel, ne semble pas un anachronisme musulman, car bien des versions bouddhiques évoquent l’intervention des dieux à cette occasion, qui iront jusqu’à soutenir les sabots du cheval du prince pour lui éviter de réveiller les habitants du palais pensant sa fuite.
Ces textes arabes seront eux-mêmes à l’origine de plusieurs récits écrits en géorgien.
Comment Bouddha devient saint Josaphat...
Située sur la frontière de l’Europe et de l’Asie, entre Mer Noire et Mer Caspienne, la Géorgie est l'une des premières nations à avoir adopté la religion chrétienne comme religion officielle, au début du IVe s. de notre ère, et c’est bien sur ces terres que l’histoire du Bouddha commence à devenir chrétienne !...
On connaît trois rédactions géorgiennes différentes de l’histoire, dont les personnages s’appellent désormais Balahwar et Iodasaph. Une version « longue », qui nous est conservée dans un manuscrit datant du XIe s., une version « courte », dont le plus ancien manuscrit date du XIIe s., ainsi qu’une version encore plus ancienne, du IXe s., très proche encore des textes arabes et, donc, fort peu christianisée.
Les chrétiens, beaucoup plus que les musulmans, seront particulièrement sensibles aux éloges de l’ascétisme contenus dans le récit… Le monachisme est alors considéré, en chrétienté, comme la meilleure manière de vivre en imitation de Jésus et la vie du Bouddha – christianisée – deviendra une sorte de modèle de cette vocation : appel irrésistible malgré l’éducation reçue et les efforts de la famille pour en écarter, recherche de l’absolu dans la solitude, résistance aux épreuves et à la tentation - notamment de la chair ! Car quelques « entorses » par rapport à la légende initiale apparaissent et, innovation totalement chrétienne, Iodasaph résiste aux femmes tentatrices que son père lui envoie et il quittera le palais sans avoir connu d’épouse ni donné d’héritier au royaume qu’il abandonne...

Désormais entrée en territoire chrétien, l’histoire du Buddha va connaître encore de multiples traductions et adaptations successives.
Dans la seconde moitié du Xe siècle, Euthyme, un célèbre moine-traducteur géorgien résidant au monastère Iviron du mont Athos, en Grêce, effectue la première traduction en grec (Iodasaph devient Ioasaph) du récit géorgien. Cette version nous est connue par un manuscrit datant de 1021. Elle-même donnera naissance à plusieurs autres traductions : en arménien, en slave et en latin (langue dans laquelle Ioasaph devient Iosaphat ou Josaphat, puisqu’on ne fait pas de différence graphique entre "i" et "j" en latin).
Aux alentours de 1047-1048, un moine « voyageur » se rend à Constantinople où, rapporte-t-il lui-même, une « ardente curiosité [l]’entraîna parmi les livres grecs où [il] souhaitai[t] faire quelque découverte mémorable » ! Un homme survint, appelé Léon, qui lui remit un livre.
« Cet homme me pria, au nom de l’amour de Dieu et de la vénération due à la mémoire du bienheureux Barlaam, de traduire du grec en latin, en une langue accessible, cette œuvre de l’Antiquité, inconnue, qui jamais jusqu’alors n’avait été traduite et était ensevelie dans le plus profond oubli. […] Je m’engageai à la traduire mot à mot et fidèlement, à la manière des Anciens, puis je m’appliquai à en accentuer la portée là où je le crus à propos, fut-ce au prix de quelques changements, afin de rendre ma version plus attrayante pour le lecteur de bonne foi… ».
C’est cette version latine qui se répandra par la suite dans toute la chrétienté occidentale. L’incroyable succès de ce récit est certainement dû à l’œuvre de Jacques de Voragine, théologien dominicain, archevêque de Gênes, qui vécut de 1225 à 1298 et qui rédigea, vers 1264, la très célèbre « Légende Dorée », recueil de « Vies des Saints » qui connut un succès considérable ! La version qu’il y donna de la vie de saint Barlaam et saint Josaphat devint un « best seller » du Moyen-Age… On en possède encore aujourd’hui de multiples versions, en vers et en prose, ainsi que des adaptations scéniques, dans quasiment toutes les langues européennes : français, italien, espagnol, provençal, portugais, irlandais, allemand, anglais, néerlandais, norvégien et suédois !...

 http://www.bouddhisme-universite.org/St-Josaphat

21 octobre 2013

Les cinq agrégats

J'avais lors de la retraite scientifique posé une question sur les sensations et perceptions, la différence qu'il y avait...  et j'étais resté sur ma faim.

je viens d'avoir une réponse claire grâce à l'exemple concret donné dans cet extrait produit par un groupe sur le bouddhisme de facebook.
Les cinq agrégats
(extrait des Lettres bouddhiques, Prajñānanda, 1969-1971)

Dans ce Dharma, l’individualité est analysée en Cinq Agrégats, cinq composés, cinq groupes, les Cinq skandha, nommément :
- rūpa : la forme
- vedanā : la sensation
- samjña : la perception
- samskāra : les facteurs d’existence, les « confections », les « formés » et « formants »
- vijñāna : la conscience discriminative

Examinons de plus près les cinq constituants ou agrégats formant l’ensemble psycho-physiologique. Ce sont rūpa, forme ; vedanā, sensation, saṃjñā, perception (sam = avec, jñāna = gnose) ; samskāra, les facteurs d’existence faits et faisant (sam = avec, kāra = faire) et enfin vijñāna, la conscience discriminative, qui « connaît », (vi = séparation, jñāna = gnose).


Ces cinq agrégats sont les constituants de l’existence phénoménale : rūpa, la forme, couvre l’ensemble physiologique, corps grossier et corps de prāna, les autres couvrent l’ensemble psychologique connu aussi comme « nāma » dans l’expression « nāma-rūpa » qui caractérise aussi l’ensemble humain.


Ces constituants n’ont, bien évidemment, aucune réalité par eux-mêmes, aucune réalité intrinsèque, ils sont effets et causes d’effets nous voulons ici donner un verset fameux qui exprimera mieux que nous ne pouvons le faire, l’irréalité des constituants :
« Comme un flocon d’écume est la forme,
Comme une bulle, est la sensation,
Comme un mirage, la perception,
Comme le tronc du bananier (1*), les facteurs d’existence,
Comme une illusion, la conscience,
Ceci, le fils des Āditya l’a dit ».


Examinons chacun d’eux :

  • Sous le groupe « forme » se rangent toutes corporalités, corps grossier, corps de prāna, etc. Cette corporalité est composée elle-même de quatre « grands éléments »(2*).
  • Sous le groupe « vedanā » se rangent toutes sensations, agréables, désagréables ou neutres. Il faut entendre par sensation, ce qui est senti, ressenti - sans les implications psychologiques qui peuvent suivre les sensations.
  • Sous le groupe « perceptions » se rangent les résultats des sensations lorsqu’elles sont intégrées par l’esprit ; de même qu’il y a sensation par les six sens, il y a six classes de perception.
  • Sous le groupe « facteurs d’existence » se rangent les impacts « faits et faisant » des actes délibérés, conscients, qui ont un résultat. On peut les classer aussi en six catégories, chacune reliée à un sens.
  • Sous le groupe « conscience discriminative » se rangent « les consciences », c’est à dire la conscience reliée à chaque sens, la sixième étant « la conscience de l’esprit ».

Un exemple concret montrera mieux comment fonctionnent en relation ces cinq groupes formant l’individualité : si je dis « j’ai mal à l’estomac » : l’estomac est du groupe de la forme, la douleur, du groupe de la sensation. Elle aurait pu rester sensation pure, sans intégration par la perception, mais je viens de la percevoir (samjña littéralement « avec connaissance »). Et cette perception va induire des samskāra, du groupe des facteurs d’existence : crainte de la mort par exemple. Cette crainte, formée par la perception, va former la suite de mon existence, la modifier, par exemple intensifier l’ascèse. Enfin, la conscience discriminative, de groupe de la conscience, d’abord conscience du corps, puis conscience de l’esprit, va sur la base de la perception, cogiter sagement ou follement ; sagement, en considérant comme vides, le corps, la sensation, les samskāra et les consciences mêmes ; follement, en attribuant une réalité à cette douleur et à ses effets.

Voila donc l'exemple concret qui a éveillé ma compréhension, merci aux auteurs de cet extrait et aux animateurs de ce groupe facebook

« Quoiqu’il y ait de forme, de sensation, de perception, de facteurs et de conscience, passés, présents ou à venir, de soi-même ou des autres, grossier ou subtil, loin ou près, on doit comprendre, suivant la réalité et la Connaissance Transcendante » : « je ne suis pas cela, cela n’est pas mien, cela n’est pas moi ».



Enfin, signalons qu’il ne saurait exister un groupe sans les autres ; dans l’exemple du char, on ne peut concevoir le char sans les roues, ou sans la caisse, ou sans le timon, toutefois les roues, la caisse, ou le timon ne sont pas le char. Il en est de même de l’individualité formée par l’assemblage, la combinaison des Cinq groupes. Qu’il manque un groupe et l’individualité n’existe pas, mais chaque groupe n’est pas l’individualité. Il ne faudrait pas attribuer à cette classification un caractère défini, absolu, il ne s’agit que d’un moyen pratique d’agir sur l’individualité par les techniques psychosomatiques.


1* Le bananier n’a pas de tronc solide, il est constitué par la base des pétioles des feuilles
2* Tous les phénomènes peuvent s’analyser en six « grands éléments » (bhūta - dhātu), qui sont : terre - eau - feu - air - ākāsa - conscience. (Nous gardons le terme ākāsa sanscrit car la traduction courante par « espace » n’est pas satisfaisante)

Article + détaillé ici sur l'annexe du blog  
 et toujours sur le même groupe de facebook, cette explication très simple des 5 agrégats (à partir des termes en pali)
cliquer sur l'image pour l'agrandir